Maison au bois dormant - ce qui reste dans les lieux
La maison semble abandonnée, mais elle ne l’est pas tout à fait. Les objets, les traces, les détails - tout indique une présence qui persiste. Ici, le temps ne s’est pas effacé. Il s’est déposé. Chaque pièce conserve quelque chose: une manière d’habiter, des gestes interrompus, une vie qui a laissé ses marques sans disparaître complètement. Rien n’est mis en scène. La photographie ne cherche pas à reconstruire une histoire, mais à observer ce qui demeure. Ce projet explore un espace où le passé ne s’oppose pas au présent - il continue d’y exister, silencieusement. La maison devient ainsi un lieu de mémoire, non pas figé, mais encore habité par ce qui reste. Les photos présentées pour ce projet font partie de la série « Maisons au bois dormant ». Celle-ci est prise en Normandie. La maison a été mise en vente après avoir « accueilli » des squatteurs et des braqueurs et après avoir été finalement envahie par la nature. Néanmoins des objets, des détails d’intérieur restent tels qu’ils sont et racontent leur vie après la vie.
La photographie exposée en juin 2024 dans la galerie « Ville a des arts » dans un projet « A la recherche du temps suspendu »











Exposition dans une galerie Ville a des arts, juin 2024




Présentation en vidéo de cette série photographiques « Maison au bois dormant » dans le cadre de l’exposition « A la recherche du temps suspendu » en juin 2024
Il y a peu de temps, j’ai eu la chance de photographier dans une maison normande qui n’était pas habitée depuis 8 ans. Elle était mise en vente à un prix très bas, mais personne ne se pressait pour l’acheter. À l’automne dernier, un acheteur a été trouvé - une femme qui voyait dans cette maison un projet d’investissement prometteur.
Lorsque nous sommes entrés dans la maison, l’acheteuse et moi, nous avons ressenti une sensation étrange, presque mystique. C’était une journée très ensoleillée, mais un arbre tentaculaire dans la cour faisait une mystérieuse pénombre et des ombres sur les murs délabrés. On aurait dit que les occupants précédents avaient déménagé précipitamment:
Des draps avaient été laissés dans les armoires. Par terre sont des valises, des photos, un jeu de cartes et même la Vénus de Botticelli, encadrée comme une icône, gisait dans l’âtre de la cheminée. Et sur le coffre-fort brutalement coupé, une cagoule oubliée.
Nous sommes montés au grenier. Là, sur une étagère, comme par hasard près d’un rouleau de fil de fer barbelé, se trouvait la figurine décapitée d’un saint, recouverte de poussière. Sur le sol, un journal du 15 mai 1957 titrait: « Une mère de sept enfants a tué et démembré son mari avec l’aide de sa sœur jumelle et de sa fille aînée ».
J’ai braqué une torche dans le coin le plus reculé du grenier: un landau et deux bicyclettes sans roues sont apparus dans la lumière. Et si la famille dont parle le journal vivait dans cette maison? À partir de ce moment, tous les objets de nature morte de la maison sont devenus pour moi l’illustration la vie de cette famille.
présentation du projet d’exposition




